Avec Droid, pourquoi l’iPhone killer n’est pas né

Posté par Lionel Tardy le nov 30, 2009 dans sphère professionnelle |

C’est reparti. Le battage médiatique atteint de nouveau son paroxysme pour la sortie d’un mobile. Motorola Droid est son nom, avec un look, par certains cotés, impressionnant alors immédiatement le mot est lâché une nouvelle fois : « iPhone Killer ». Bien sûr, nous avons déjà entendu cela une dizaine de fois avec le BlackBerry Storm, le Palm Pré, le G2…
Et pourtant, non seulement l’iPhone survit à tout cela, mais il se développe.
Pourquoi ?

La réponse est simple, mais nécessite quelques explications. Fondamentalement, le problème avec la plupart des tueurs d’iPhone est qu’ils n’ont pas vraiment essayer de tuer l’iPhone. Ils ont, comme appareils, pu croire qu’ils l’étaient, mais la plupart d’entre eux jouent un jeu différent en raison de l’OS qui les anime, et les sociétés qui les développe.
Une façon de penser serait de comparer les smartphones et plus précisément, leurs systèmes d’exploitation, à la religion. Ceci est particulièrement pertinent étant donné que le surnom pour l’iPhone est le «Jesus Phone».

Dans un sens religieux, l’iPhone est une religion monothéiste. Fondamentalement, son système d’exploitation croit en un seul dispositif. Oui, je sais, il y a l’iPod touch, ainsi que des variations de l’iPhone (original, 3G, 3Gs), mais ceux-ci sont pratiquement tous le même appareil et avec essentiellement le même matériel, juste basé sur une évolution de specs. Pendant ce temps, Android, Windows Mobile, BlackBerry, Symbian, etc sont tous des polythéistes.
Des «païens», peut-être pas le « mot » exact, c’est juste un terme de circonstance plus démonstratif.
Donc, allons-y avec ça ;-)
L’ensemble de ces autres systèmes d’exploitation mobiles sont des païens car ils répondent à de nombreux périphériques, leurs «dieux».

Maintenant, je ne dis pas que l’approche païenne est mauvaise, je dis simplement que d’essayer de tuer un dispositif monothéistes avec un OS païen va être très dur. Le problème, c’est qu’aucun de ces systèmes d’exploitation ne font qu’un, afin de les aider à diffuser leur doctrine aux masses. Ils peuvent mettre toute leur foi en un seul à un moment donné (qu’Android se fasse déjà Droid), mais finalement, leur allégeance se trouve trahi par les autres utilisant le même système d’exploitation. Pour l’église païenne (dans ce cas Android de Google), il ne serait pas judicieux de jouer « perso » car elle porterait atteinte à l’objectif ultime: être sur le plus de périphériques possible.

Je pense que Google s’en rend compte. Même si apparemment ils ont tous les atouts de leur coté pour tenter de meilleur Droid, c’est Motorola et Verizon qui gardent la main. Je pense que Google sait que le Droid n’est pas un iPhone killer. Par contre, il est probablement le meilleur appareil qu’ils ont eu jusqu’à présent pour tuer leurs véritables concurrents: Symbian et Windows Mobile notamment. Répétez après moi: Android est en train d’essayer de tuer Windows Mobile, et non l’iPhone.

Une autre façon populaire de penser sur ce sujet est l’histoire du PC (Windows) contre le Mac. Pour l’essentiel, dès le début de l’histoire de l’informatique personnelle, le Mac est roi. Mais alors, Microsoft est arrivé avec un OS qui pourrait fonctionner sur les appareils provenant de différents fabricants, la quantité faisant la loi, et le reste c’est de l’histoire. Android, Windows Mobile, etc, sont souvent associés à cette approche sur le champ de bataille du mobile.

Mais les choses sont différentes maintenant. On pourrait faire valoir qu’il y avait un tas d’autres évènements à l’intérieur d’Apple dans les années 1980 qui ont conduit à la montée de Microsoft (et, bien sûr, l’éviction de Steve Jobs). Depuis, Apple, faute d’une meilleure solution, a repris le contrôle de tout (et a retrouvé la croissance). Avec l’iPhone – c’est la combinaison du matériel, du logiciel, et peut-être plus important encore, l’App Store – Apple a créé un écosystème qui s’auto-nourrit.

Microsoft, quant à lui, a essayé la même approche dans l’espace mobile avec Windows Mobile depuis des années. Au début, tout a assez bien fonctionné, mais c’était principalement due à un manque de concurrence dans ce qui était encore qu’un très petit marché. Aujourd’hui, ils n’ont plus qu’un segment des parts de marché et l’avenir s’annonce sombre. Encore une fois, non pas tant à cause de l’iPhone (qui peut lui faire du mal à court terme), mais à cause du vrai concurrent de Windows Mobile : Android.

Non seulement Android est open source, mais il est gratuit. Windows Mobile, en revanche, est toujours attaché à une tarification, à la hausse, de 25 $ par utilisation pour le fabricant. Leur stratégie semble être à ce stade à deux volets :
1) Essayez de tirer parti de la marque PC Windows autant que possible, et convaincre les utilisateurs que Windows Mobile lié à Windows créer un meilleur environnement pour mobile.
2) Sortir Windows Mobile 7, un tout nouvel OS, le plus rapidement possible.

Le problème pour Microsoft (encore une fois, pour Microsoft, et non pour Apple), c’est qu’Android est maintenant un réel moteur pour les fabricants et une quantité importante de mobile, sur le point de sortir (y compris Droid), devrait pousser Windows Mobile derrière Android dans les cœurs et les esprits des utilisateur. Même si ses parts de marché sont encore faible, cela pourrait changer beaucoup plus tôt que Microsoft veut bien l’admettre.

Soyons clair: il est assez probable que finalement Android sera plus grand que l’iPhone dans le monde entier. Encore une fois, c’est un jeu différent. C’est monothéistes contre païens. C’est Mac contre PC. Même si Apple rompt ses exclusivités avec AT & T aux États-Unis ou en Europe, il n’y aura toujours et essentiellement qu’un seul appareil. Android en aura des dizaines et plus encore dans d’autres parties du monde. Mais l’iPhone va continuer à survivre et même prospérer, tout comme les Mac est en ce moment.

En offrant un seul appareil, Apple accepte un compromis : il sacrifie la quantité à la qualité. Apple a le contrôle complet de son dispositif (et probablement trop à l’égard de l’App Store), et, à cause de cela, il peut construire quelque chose qui allie logiciels et matériel comme aucun de ses homologues païen le peut. Pour nous aider à nous projeter, regardons l’évolution et écoutons les retours d’expérience sur la famille iPod.

En fait, le plus proche du but serait Palm avec le Pré. Mais Pré n’est pas dans la même catégorie que l’iPhone pour le moment (il est trop lent), et Palm se prépare déjà à sortir un autre appareil. C’est donc une religion païenne, certes plus confinée, mais encore païenne. Leurs développeurs ne semblent pas sûr de l’appareil qu’ils sont en train de développer.

Apple pourrait aller aussi dans ce sens un jour. Depuis le lancement de l’iPhone, il y a eu des rumeurs d’un « mini-iPhone », mais cela n’est pas encore arrivé. Il est plus probable, à court terme, qu’un dispositif compact de type tablette puisse s’exécuter comme une variation de l’OS iPhone, ce qui n’impliquera que quelques changements. Mais dans l’espace smartphone, il n’y aura toujours qu’un dispositif.

Lorsque nous sommes obligés de choisir entre des dizaines d’appareils aux spécifications différentes, cela peut être difficile pour nous consommateur. Avec l’iPhone, le consommateur sait dans quoi il s’embarque. Les développeurs savent ce que leur travail devient. Ils savent que leurs applications tournent très bien sur l’iPhone, car ils ont une plate forme de test unique plutôt que d’avoir à acheter des dizaines d’appareils aux caractéristiques souvent très différentes.

Nous devons nous réapproprier l’expérience utilisateur. Que vous soyez d’accord ou non avec cette approche, vous devez admettre qu’Apple est très doué pour cela.

En parlant aux développeurs, de peur que vous pensiez que l’un des fabricants de smartphone païen soit en mesure de convertir les utilisateurs de l’iPhone en masse, il y a un point énorme de la foi qui pousse à rester fidèle à l’iPhone : Près de 100.000 applications et 2 déjà milliards de téléchargements. Ceci comme autant de porte parole auprès de futurs utilisateurs (ce qui est évidemment, l’est tout à fait) avec un chiffre, 2 milliards, comme autant de raison de rester fidèle et proche de son iPhone. D’ailleurs, beaucoup d’utilisateurs ont déjà investi des centaines d’euros dans les applications qui ne fonctionnent que sur l’iPhone. Les convaincre de passer à un droïde ou à un BlackBerry sera d’autant plus difficile qu’ils ont les mises à jour qui leur garantissent le bon fonctionnement de leurs applications favorites avec : un nouvel iPhone.

C’est pourquoi Droid n’est pas un iPhone Killer. Des bruits recommencent à courir sur un « Google Phone » – autrement dit, un matériel élaboré (ou du moins entièrement dicté) par Google. Au cours du Web 2.0 Summit, le co-fondateur de Google, Sergey Brin a admis que Google travaille plus étroitement sur certains matériels pour Android que sur d’autres, mais cela ne suffit pas pour en faire des iPhone killers. Si Google (ou Microsoft, d’ailleurs) décide de mettre tout son soutien (et commercialisation) derrière un téléphone, faites le moi savoir, alors nous en reparlerons.

Encore une fois nous pouvons supposer que Droid sera une série de téléphones. Encore une fois, la première livrée est surprenante. Et ce pourrait être un vrai tueur. Mais parce qu’il tourne sous Android, il ne pourra être qu’un WindowsPhone Killer.

source : MG Siegler – techcrunch

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1 Commentaire


[...] Bref c’est dans le timing d’Apple de l’annoncer le 27 Janvier, rien d’extraordinaire, même si la pression des autres concurrents à la place de « leader » sur le marcher des smartphones peut booster un peu Monsieur Steve. (voir aussi – iPhone Killer) [...]


 

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